A 46 ans, Elisabeth Da Souza, mère de trois enfants, a déjà vécu plusieurs vies professionnelles. Après avoir évolué dans le domaine caritatif pendant près de 25 ans –agence de communication citoyenne, Ligue contre le cancer, Institut Curie– elle choisit de se consacrer à un tout autre projet: l’entrepreneuriat.

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Elisabeth Da Souza, Directrice mécénat et philanthropie chez Fondation Entreprendre

«J’ai été piquée par cette belle cause qu’est l’entrepreneuriat et emportée par l’énergie, l’enthousiasme et l’audace qui caractérisent les entrepreneurs». Elle devient Directrice mécénat et philanthropie à la Fondation Entreprendre, qui œuvre depuis 2008 pour la promotion et le développement de l’entrepreneuriat en France. «Je voulais continuer à mobiliser des ressources privées au profit d’une cause positive». Elisabeth Da Souza partage aujourd’hui l’expérience tirée de ses multiples rencontres et de ses échanges avec des entrepreneurs de tous horizons, «pas seulement des grands patrons des entreprises du Cac 40 mais aussi des dirigeants de PME et de start-up ou artisans». Elle livre ici ses conseils pour se lancer.

#Ressentir l’envie profonde de créer son entreprise

Si vous n’avez qu’une seule question à vous poser, ce serait celle-ci : «avez-vous vraiment l’envie ?». On ne crée pas seulement parce que l’on est au chômage, que l’on souhaite retrouver un statut social, que l’on est un salarié aspirant à plus de liberté et d’autonomie ou plus simplement parce que l’entrepreneuriat est un sujet à la mode. Ces déclencheurs peuvent vous y conduire, mais l’envie reste capitale. On promeut aujourd’hui l’entrepreneuriat comme une valeur de réalisation, d’épanouissement, mais ce n’est en aucun cas un chemin linéaire ou un long fleuve tranquille. La peur et le risque sont inhérents à tout projet de création. C’est pourquoi le projet doit être mûri et assumé.

 

#Avoir un projet précis ou innovant… ou pas 

S’il est mieux d’avoir une idée de départ, ne pas avoir d’idée bien définie pour se lancer n’est pas forcément un handicap. D’autant plus qu’il y a différentes façons d’entreprendre; comme entreprendre en franchise, où l’on s’adosse à un concept déjà modélisé et éprouvé, ou en s’associant à quelqu’un qui a déjà une idée. Il n’est pas indispensable non plus d’avoir un projet IT ou technologiquement innovant. La véritable question à se poser est : «est-ce que mon produit ou mon service répond à un réel besoin pour que mon activité tienne la route ?». L’innovation, c’est l’entrepreneur, c’est à lui de trouver le pont entre l’offre et la demande, de proposer le bon service ou le bon produit au bon moment, au bon endroit et à la bonne personne.

#Réaliser une étude de marché musclée

Il ne s’agit pas de créer un produit pour créer un produit mais de s’assurer que le concept correspond à un marché. Une idée peut être forte et innovante sur le papier, si elle n’est pas vérifiée via une étude de marché, elle ne vaut rien. C’est le porteur de projet qui fait la différence en faisant en sorte que son produit ou son service rencontre bien des clients et que son entreprise soit rentable.

#S’associer intelligemment

L’entrepreneur est la clé de voûte pour le lancement de son entreprise mais seul il ne peut rien faire. Trouver le bon associé est primordial pour pérenniser son entreprise et se préserver. En termes d’associé, pas question de chercher son clone ou son alter ego. Mieux vaut au contraire rechercher quelqu’un de complémentaire. Bien que la différence puisse faire peur, il faut se libérer des stéréotypes du genre « Qui se ressemble s’assemble ». Par exemple, un profil plutôt à l’aise sur les aspects commerciaux et la négociation client sera davantage en adéquation avec un profil financier ou gestionnaire pour leur complémentarité. C’est cette « team » qui va performer, même s’il reste fondamental de partager les mêmes valeurs, la même vision et le même projet. Souvent considéré comme un « couteau suisse » multi compétent, le chef d’entreprise n’est pas un super héros qui sait tout faire. En tant que chef d’orchestre, il doit savoir aussi s’entourer des experts nécessaires et recruter les collaborateurs selon les besoins de l’entreprise (finance, RH, commerce, etc.).

#Etre accompagné

Ce qui est important, ce n’est pas seulement de créer, mais de pérenniser son entreprise. Or le facteur accompagnement est un facteur de pérennité, et ce quelle que soit la façon d’être accompagné : par un réseau associatif, des chambres de commerce ou des experts. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 50% seulement des entreprises sont toujours en activité au bout de cinq ans, le chiffre grimpe à 85% lorsqu’elles sont accompagnées. Il est indispensable pour l’entrepreneur de ne pas rester seul dans son entreprise et notamment face à ses décisions. L’idée est de lui permettre de prendre de la hauteur, du recul, de déconnecter de son quotidien et de se remettre en cause. Parler de pair à pair provoque un effet miroir pouvant faire surgir des solutions que l’entrepreneur porte en lui, l’amenant à prendre les bonnes décisions de manière anticipée.

#Lever des fonds pour financer son projet

En amont du programme « Des elles pour Entreprendre », la Fondation Entreprendre et AXA ont réalisé une étude pour identifier les besoins, les freins et les attentes spécifiques à l’entrepreneuriat féminin. Si celle-ci montre qu’il n’y a pas de différence genrée et que les femmes ont les mêmes compétences que les hommes, il y a néanmoins un sujet sur lequel on observe des différences. 30% des femmes qui entreprennent rencontrent des difficultés à lever des fonds. Non pas parce qu’elles seraient moins ambitieuses mais parce qu’elles modélisent leur projet différemment par peur d’endettement ou de faillite. Elles raisonnent davantage par rapport à leur foyer pour minimiser la prise de risque. Face à un banquier, lorsqu’une femme pense 10k€, elle formulera 5 k€, tandis qu’un homme qui pense 10k€ demandera 15 k€. Il est également plus difficile pour elles d’endosser les codes de la finance et d’être dans un jeu de rôle, comme peuvent le faire leurs collègues masculins. Il faut apprendre aux femmes les fondamentaux de la levée de fonds et les accompagner dans la traduction de leurs ambitions, et notamment les aider à présenter leur projet pour trouver des financements. Comme en témoigne Sandra Le Grand dans notre MOOC Des elles pour financer son entreprise : « On peut avoir le meilleur business plan, si on ne sait pas le pitcher et le vendre, on ne pourra pas lever de fonds».

#Réussir à concilier vie pro et perso

Devenir entrepreneur apporte la liberté de gérer son agenda comme on l’entend. Même si finalement les entrepreneurs ont souvent des horaires extensibles, il s’agit alors de leur propre choix. Réussir à concilier vie pro et vie perso s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes, – tous y aspirent– l’idée pour les femmes est surtout qu’elles puissent se décharger de la charge mentale qui pèse sur elles, d’autant plus si elles sont mères. On peut être en couple et avoir la meilleure répartition des tâches possible, les femmes ont davantage de difficultés à s’en libérer. Lorsqu’elles délèguent certaines tâches, elles doivent réussir à prendre du recul, libérer des moments pour elles, sans se culpabiliser. »

Propos d'Elisabeth Da Souza recueillis par Charlotte Saintignon.

Pour plus de lecture sur l’entrepreneuriat, découvrez notre article « Se lancer sereinement dans l’entrepreneuriat »