Marie Eloy, 43 ans, a créé deux réseaux féminins, un réseau d’entraide et un réseau de business. Son objectif ? Permettre aux femmes de pouvoir s’entraider, s’inspirer des parcours d’autres femmes, de créer leur entreprise et de la développer en osant ensemble faire du business. Elle nous en dit plus sur son parcours et nous livre son regard sur les femmes entrepreneures. Interview d’une femme déterminée qui espère bien faire bouger les lignes du business au féminin.

Envie d'entreprendre sereinement ?
Discutons-en !

Faire du business, c’est affirmer sa valeur et donner de l’impact à ses valeurs.

Pouvez-vous nous retracer votre parcours professionnel ?

J’ai d’abord réalisé mon rêve en créant des reportages longs à RFI, notamment à l’étranger ; j’y ai à un moment présenté une émission sur le droit des femmes. J’ai ensuite fait le choix de m’installer en Bretagne avec mes deux enfants. En 2011, j’ai cofondé une école Montessori à Larmor-Baden, dans le Morbihan. Ça a été mon premier bain dans l’entrepreneuriat. Fin 2014, j’ai créé Femmes de Bretagne pour mettre en lien toutes les femmes, quel que soit leur statut. Présent dans 5 départements, ce réseau féminin régional d’entraide compte 6 500 membres et organise plus de 300 rencontres par an. Son but, inspirer et encourager les femmes à entreprendre en véhiculant des valeurs d’entraide et de bienveillance. Ayant pris conscience des difficultés qu’ont les femmes entrepreneures à vivre de leur activité –seules 12% d’entre elles réussiraient à en vivre correctement*–, j’ai créé en septembre dernier le réseau business féminin Bouge ta Boîte. Pour le moment, nous sommes présents dans 15 villes et prévoyons de nous déployer dans 150 villes en 2019.

En quoi consiste le réseau Bouge ta Boîte ?

Dans l’Hexagone, nous sommes encore loin de la parité –on compte seulement 14% de femmes chefs d’entreprise de plus de 10 salariés, un « no woman’s land »–. Et sur 500 réseaux d’aide aux entrepreneurs, il n’y en a pas un seul qui soit orienté business et résultats chiffrés et qui soit exclusivement dédié aux femmes. L’objectif de Bouge ta Boîte est de permettre aux entrepreneures en activité de se réunir tous les 15 jours en cercle, une par secteur d’activité, pour pitcher, brainstormer et se recommander mutuellement afin de générer du CA et développer leur activité.

Nous voyons sur votre site que vous êtes en partenariat avec AXA. En quoi ça consiste ?

Outre le fait qu’AXA soutient financièrement le réseau Bouge ta Boîte, les agents d’AXA ont beaucoup à apporter aux autres membres du cercle, et correspondent parfaitement aux profils de « Bougeuses » souhaités.

Ces femmes pionnières dans leur région sont prêtes à s’engager pour aider les autres entrepreneures de leur territoire à grandir et elles-mêmes développer leur potentiel. Souvent équipées de bons fichiers clients, elles constituent de vrais moteurs dans la prospection commerciale et permettent à leur cercle d’enclencher le mécanisme du business. Ce sont des femmes dotées d’un fort dynamisme, d’une réelle assertivité et qui semblent ne pas avoir de freins en termes commercial. J’ai vraiment pu le constater dans différentes villes.

Qu’est-ce qui pousse les entrepreneures à se lancer selon vous ?

Les femmes qui créent leur entreprise le font avec sens. C’est le premier moteur que j’ai pu constater et qui les guide, malgré leurs peurs, les multiples risques et le travail à fournir. Le déclic se passe selon moi autour de 35-45 ans, quand elles prennent conscience que la vie passe vite et qu’elles ont finalement envie de faire ce qu’elles aiment. Elles souhaitent être indépendantes, être leur propre patron, pouvoir prendre leurs propres décisions et rayonner sur leur territoire. Mais pour véritablement donner de l’impact à ces valeurs et à ce sens, il faut qu’elles arrivent à faire croître leur business.

Quelles sont les opportunités pour les aider à croître ?

Il est crucial d’être accompagnée et de rejoindre un réseau qui nous correspond pour savoir où aller, confronter, échanger, se former et se booster. On a ainsi deux fois plus de chance que l’entreprise soit viable. Il est aussi clé de s’entourer pour acquérir les bons réflexes, avoir l’ambition de grandir et faire du business. On sait que plus l’on parle de son idée ou de son offre, plus on a la possibilité d’affiner son pitch, de le réajuster, de le rendre pertinent. Parmi les différentes options possibles, on peut aussi entreprendre avec l’aide d’un grand groupe. Cette alliance d’un entrepreneur qui a la niaque et d’un grand groupe qui a le savoir-faire peut constituer une belle opportunité de créer dans un cadre bien éprouvé. Je sais que chez AXA, notre partenaire, il y a de la formation et de l’accompagnement tout au long des étapes de développement avec des outils et des agents pour faciliter leur activité. Le chemin est en quelque sorte déjà tracé avec un guide et des filets de sécurité.

Qu’est-ce qui vous a personnellement manqué lorsque vous vous êtes lancée ?

Quand je me suis lancée, je ne me sentais légitime en pas grand-chose. Si j’avais connu un réseau qui me correspondait, cela m’aurait permis d’oser aller plus loin. C’est pour répondre à ce besoin que je l’ai créé. Je n’imaginais pas l’ampleur qu’il prendrait, comme quoi il faut oser ! Autre difficulté à surmonter, le tabou de gagner de l’argent, de la prospection commerciale, du business, comme pour beaucoup de femmes. J’aurais pu être bénévole toute ma vie. J’ai réalisé que faire du business, cela revenait à affirmer sa valeur et à donner de l’impact à ses valeurs. Tous ces freins peuvent sauter plus facilement quand on en prend conscience et qu’on échange sur ces problématiques, notamment avec humour et recul. Cela m’a beaucoup aidée.

Quels sont les freins que rencontrent les femmes ?

Se lancer dans l’entrepreneuriat est à la fois dur et exaltant. Cela permet de sentir son cœur battre à 1000%. Le problème des femmes n’est pas tant le manque de confiance. C’est plus une question de légitimité. Pour nous sentir légitimes et oser y aller, nous devons avoir des exemples auxquels nous référer. Or on en manque encore cruellement. Une fois lancées, plus rien n’arrête les femmes entrepreneures, ou presque. Deuxième frein que j’ai pu identifier, notre difficulté à parler d’argent. Se vendre, faire du business, parler croissance, prospecter, afficher leur juste prix, lever des fonds, développer leur structure constituent souvent des blocages. Cela s’explique en partie par des codes économiques qui sont encore largement masculins. On a encore trop souvent l’image du businessman classique. Pourtant le business est aussi fait pour nous !

Quels conseils souhaitez-vous donner aux futures entrepreneures ?

Il faut d’abord trouver l’idée qui a du sens pour vous. Si on se sent l’âme d’une entrepreneure mais que l’on n’a pas encore trouvé l’idée, il ne faut pas hésiter à en parler autour de soi ou à se renseigner sur des blogs comme Entreprendre Autrement.

A partir du moment où l’on a une idée avec laquelle on est en phase, il faut se lancer !

Le plus dur est finalement de faire le premier pas. Ensuite, tout s’enchaîne. Le projet risque fortement d’évoluer par rapport à celui auquel on a pensé initialement mais c’est le jeu. Pour avancer, il faut être entouré(e) et ne pas se lancer seul(e). Dans l’entrepreneuriat, on est en formation permanente, en challenge quotidien ; in fine, on apprend beaucoup sur soi. C’est un choix de vie. Une vie exigeante mais palpitante qui permet de se réaliser soi-même.

Ce qui vous plaît dans votre métier ?

J’adore ma vie car c’est celle que j’ai choisie et construite en marchant. Une vie qui me ressemble, avec beaucoup d’engagement. J’aime particulièrement rencontrer des femmes entrepreneures de tous horizons et sentir leur énergie. Je m’en nourris. Elles sont pleines de puissance, d’enthousiasme et ont envie d’aller aussi loin que possible. C’est vrai que ce n’est pas évident de concilier vie professionnelle et personnelle. Il faut beaucoup d’organisation. Je discute souvent avec mes deux enfants qui sont très fiers de voir que l’on peut changer les choses et être actrice de notre société. Une chose est sûre : je vis ma vie pleinement, il n’y a pas un mm² que je n’exploite pas !

* Séverine Le Loarne, chaire Femmes et Renouveau économique, Ecole de management de Grenoble

 

Propos de Marie Eloy recueillis par Charlotte Saintignon.

Pour en savoir plus sur les chiffres-clés des femmes entrepreneures, rendez-vous ici ! Et pour plus de lecture sur l’entrepreneuriat avec AXA, découvrez notre article « Se lancer sereinement dans l’entrepreneuriat »